Dernières heures

ENTREVUE AVEC JOANNIE ROCHETTE PAR CATHERINE BOULIANNE ET MARIE-PHILIP TURCOTTE

11 juin 2014 | par Tommy Gauthier
ENTREVUE AVEC JOANNIE ROCHETTE PAR CATHERINE BOULIANNE ET MARIE-PHILIP TURCOTTE
Socio-culturel
0

Cette année, le club de patinage artistique (CPA) de Thetford fêtait ses 50 ans. Pour l’occasion, le 29 mars dernier, lors de son spectacle de fin d’année, le club a invité Joannie Rochette, médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Vancouver. Nous avons eu la chance de la rencontrer pour l’interviewer.

Est-ce la première fois que tu viens à Thetford Mines?

Joannie : Non, j’avais déjà fait une compétition ici, quand j’ai commencé avec Manon Perron. Je crois que j’étais arrivée deuxième.

Savais-tu que c’était la ville d’origine de ton entraîneuse olympique, Manon Perron?

Joannie : Oui, elle en parlait souvent. Elle venait les fins de semaine et elle passait Noël ici.

Qu’est-ce qui t’a amenée à pratiquer le patinage artistique plutôt qu’un autre sport?

Joannie : Je viens d’un petit village où il n’y avait pas grand-chose à faire. J’ai grandi à l’île Dupas et juste en face de chez moi, il y avait le fleuve donc l’hiver, le patin était un sport facile à pratiquer pour toute la famille. Mon père était entraîneur de hockey récréatif et souvent, il m’emmenait sur ses épaules patiner lorsque j’avais deux ans et c’est comme ça que ça a commencé, petit à
petit. Ensuite, ma mère m’a inscrite au club de patinage artistique. J’avais peut-être trois ans et j’ai toujours continué. J’ai dû
aimer cela si j’ai poursuivi dans ce sport.

Quelles sont les qualités personnelles qu’un ou qu’une patineuse artistique devrait posséder pour atteindre le niveau professionnel?

Joannie : C’est certain que ça prend beaucoup de persévérance parce que nous tombons souvent lorsque nous apprenons de nouveaux sauts. Il faut se relever et continuer. Au début, cela peut sembler décourageant, mais il faut le voir du bon côté. Il faut
aussi aimer le sport puisqu’on doit y mettre beaucoup d’heures et on ne doit pas les compter. Il faut vraiment être passionné. Même quand nous ne sommes pas sur la glace, il faut penser à comment améliorer notre saut et faire de la visualisation. On
doit aussi être méticuleux puisque le patinage est un sport où chaque petit détail compte. C’est un exercice complet. Tout est important: la nutrition, le sommeil, l’hydratation, les sauts, les pirouettes… ça ne finit plus. Il faut être assez organisé dans son
entraînement.

joannie-rochette-2Depuis que tu as gagné ta médaille olympique en 2010, à Vancouver, qu’est-ce qui a le plus changé dans ta vie?

Joannie : Vancouver, ça m’a ouvert plein d’opportunités. J’ai pu partager mon histoire, faire des spectacles comme ici, venir rencontrer les gens, faire beaucoup de présentations à l’international, en Asie, au Japon, en Chine, en Corée. C’est «l’fun» de
voyager et de faire ce que j’aime comme métier. Ce sont les points les plus positifs que cela m’a apportés.

Quel a été le moment le plus marquant de ta carrière de patineuse?

Joannie : Je pense que c’est lors de ma première compétition quand j’ai gagné la médaille d’or et que j’ai vu c’était quoi une compétition pour la première fois. Mon grand-père m’avait dit de faire le tour de la glace à la fin de mon programme et d’envoyer des «becs» à tout le monde. Je me voyais déjà aux Jeux olympiques. Et puis c’est certain que les JO c’était vraiment une
compétition marquante tant les Jeux olympiques de 2006 où j’étais arrivée cinquième que ceux de Vancouver, où j’ai terminé troisième. C’est évident que Vancouver était vraiment spécial pour moi parce que c’était à la maison, devant notre public. Ma vie personnelle et ma vie professionnelle se sont rencontrées durant ces jeux, mais c’était un très beau moment de ma carrière de patineuse. Aux Jeux olympiques de Sotchi, cette année, tu n’étais pas sur la glace, mais bien dans les gradins en tant qu’analyste.

Comment as-tu vécu cette expérience qui est plutôt différente que celles vécues auparavant?

Joannie : C’était une belle expérience. C’était vraiment agréable de ne pas avoir le stress de la compétition et de pouvoir regarder les autres. J’ai aimé ne pas seulement me concentrer sur moi puisque lorsque nous sommes aux Jeux olympiques pour participer à une compétition, on est si concentré qu’on ne voit pas tout ce qui se passe autour de nous. Cette expérience était plus complète que celles de 2010 et de 2006. C’était quand même assez positif de pouvoir analyser ce que les autres faisaient. Mon passage à Sotchi était aussi une très bonne opportunité pour le futur.

Est-ce que tu t’entraînes encore régulièrement?

Joannie : Oui, assez régulièrement, surtout dans la saison où il y a des spectacles, donc du mois d’octobre jusqu’au mois de mai. Cela me tient occupée. Mais l’été, c’est sûr que je me permets un peu plus de congés que quand je faisais de la compétition. Ce qui
est bien, parce que ce n’était pas évident, j’ai donné tous mes étés. Je pense que le plus long «break» de patinage que j’avais pris était peut-être de trois semaines à un mois. Sinon on s’entraînait, on passait à un nouveau programme, les chorégraphies, les costumes. Là, l’été, vraiment pouvoir mettre mon cerveau à «off», faire autre chose, profiter un peu de la vie, ça me fait du bien.

Mis à part le patinage artistique, quels sont tes intérêts, tes passe-temps ou les sports que tu pratiques dans la vie de tous les jours?

Joannie : Je fais un peu de jogging et du patin à roulettes. J’aimerais peut-être faire du vélo cet été. Je fais parfois des activités de plein air comme de la marche. Nous sommes allés, il n’y a pas longtemps, nous balader à la montagne. J’ai aussi fait un saut en parachute. Bref, je vis souvent ce genre d’activité, mais pas très régulièrement parce je n’ai pas vraiment le temps de pratiquer souvent. Je voyage beaucoup. Je suis partie peut-être cinq mois par année. Donc, si je m’inscris à une activité, je manquerai la moitié des cours. C’est dommage, mais…

Que penses-tu faire après ta carrière de patineuse?

Joannie : Ça, c’est une bonne question. Je ne le sais pas encore. J’aimerais ça le savoir. Je suis certaine que je vais toujours rester impliquée dans le patinage, soit en faisant des séminaires et des spectacles. Je ne voudrais pas enseigner à temps plein, mais parfois seulement aller aider de jeunes patineurs. C’est certain que cette partie de moi restera toujours dans ma vie. J’aimerais aussi retourner à l’école faire quelque chose d’autre, mais je ne sais pas encore quoi.

Avec ton expérience, quel conseil aimerais-tu donner aux adolescents d’aujourd’hui?

Joannie : C’est difficile, chaque personne est différente. Moi, ce que j’ai aimé dans mon adolescence, c’est que j’avais un objectif, un but qui me tenait vraiment à coeur. Tout ce que je faisais, toutes les décisions que je prenais, c’était pour atteindre cet objectif-là et en même temps, c’était «l’fun», je «tripais» vraiment, ce n’était pas un «calvaire». Surtout mes années au secondaire, c’était mes plus belles. On était «une belle gang» de filles ensemble et on s’entraînait. C’était compétitif, oui, mais c’était vraiment de belles
années. D’avoir cet objectif-là, de toujours vouloir essayer de se dépasser soi-même, d’être meilleur, oui, des fois, ça amène des peines quand on ne réussit pas. On arrive à une compétition, on termine 5e ou 6e alors qu’on voulait gagner. C’est sûr que ça amène des déceptions. Mais en même temps, le chemin parcouru, tous les efforts qu’on met pour atteindre un but, qu’on l’atteigne ou pas, ça vaut vraiment la peine.

Les patineuses et patineurs du CPA de Thetford ont tous une idole qui les inspire et qui s’appelle Joannie Rochette, mais toi, as-tu une idole de patinage artistique qui t’as inspirée durant ta jeunesse ?

Joannie : Durant ma jeunesse, Elvis Stojko a été très influent. Je me souviens qu’aux Jeux olympiques de 1994, à Lillehammer, il était très intense. On le voyait dans ses yeux. Il était déterminé. C’est quelqu’un qui s’entraîne très fort. Ses erreurs en compétition étaient très rares. J’admirais beaucoup son côté compétitif. Aussi, il y a Kurt Browning qui m’a inspirée. Chez les femmes, mon idole était Michelle Kwan, parce qu’elle avait vraiment un style qui était propre à elle et parce qu’elle était tellement passionnée par ce qu’elle faisait. Ce n’était pas seulement d’avoir les sauts parfaits ou les lignes parfaites; lorsqu’elle patinait, on pouvait ressentir toute l’émotion qui ressortait de sa performance.

Bref, c’est ce qui conclut notre rencontre avec cette grande patineuse. Notre expérience fut enrichissante et très agréable. Elle restera longtemps gravée dans notre mémoire. Nous remercions Joannie qui a été très généreuse de son temps.

par Catherine Boulianne et Marie-Philip Turcotte

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *