février 2, 2023

Le Quotidien des lacs

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La France a de grands projets pour l’Indo-Pacifique

Plus d’un an s’est écoulé depuis la formation d’AUKUS—une organisation trilatérale pacte de sécurité entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie – et la suite crise diplomatique entre la France et l’Australie. Après le premier choc provoqué par l’annonce d’AUKUS, la France n’a eu d’autre choix que de repenser sa politique de partenariat dans l’Indo-Pacifique.

Le différend a non seulement terni les relations bilatérales entre Paris et Canberra, mais a également compliqué les plans de la France dans la région. Bien que les médias aient d’abord lu le mécontentement français comme un litige commercial suite à l’annulation de la commande de plusieurs milliards de dollars de l’Australie pour les sous-marins français de Naval Group, l’accord n’était qu’un élément de une stratégie plus large pour ancrer la France dans l’Indo-Pacifique.

Jusqu’en septembre 2021, cette stratégie était censée reposer sur deux jambes. Le rapprochement de la France avec l’Inde a fourni la branche « Indo », tandis que le partenariat avec l’Australie a représenté la branche « Pacifique ». C’était d’autant plus crucial que, historiquement, la France s’est davantage impliquée dans l’océan Indien que dans le Pacifique, et le partenariat avec Canberra devait en partie corriger ce déséquilibre.

Depuis le différend AUKUS, l’engagement indo-pacifique de la France a pris plusieurs formes. Au niveau bilatéral, l’un des développements les plus significatifs a été le rapprochement de la France avec l’Indonésie. Au cours de l’année écoulée, les échanges entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux parties se sont intensifiés. En juillet, le ministre indonésien de la Défense, Prabowo Subianto, appelé France « Le principal partenaire stratégique de l’Indonésie. » Quelques mois plus tard, le ministre français des armées Sébastien Lecornu suivi de affirmer qu' »une puissante intimité stratégique… est en train de naître avec l’Indonésie et la France ». Le rapprochement n’est pas que des paroles : sur fond de plans indonésiens de modernisation de ses forces armées, la France s’est assuré un accord vendre quarante-deux chasseurs Rafale à l’Indonésie, qui pourrait être suivi de la vente de deux chasseurs français Classe Scorpène attaque sous-marins.

Pendant ce temps, la France a embrassé le «minilatéral » approcher. Dès 2020, la France a lancé un dialogue trilatéral avec Inde et l’Australie, mais il s’est arrêté après la crise d’AUKUS. Pourtant, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre dernier, des diplomates français ont rencontré leurs homologues de l’Inde et de l’Australie afin de relancer ce cadre.

Vu de Paris, le remplacement du Premier ministre australien Scott Morrison par Anthony Albanese après l’élection de mai 2022 était une condition préalable au rétablissement de ces liens. Puis, un mois de juillet visite d’Albanese à Paris contribué à relancer le dialogue franco-australien au plus haut niveau. Le président français Emmanuel Macron a même laissé entendre cette année-là que l’accord sur les sous-marins était toujours «sur la table» si le nouveau gouvernement australien était ouvert à l’idée (ce n’est pas si loin). Le sens de « trahison» autour du différend AUKUS a laissé de profondes cicatrices dans l’establishment français de la politique étrangère et dans l’entourage du président. Bien que des consultations bilatérales puissent se poursuivre, il n’est pas prévu pour l’instant que la France reconsidère le partenariat avec Canberra comme un pilier de la stratégie indo-pacifique française.

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Fait intéressant, un autre rassemblement trilatéral a eu lieu lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. En marge de l’Assemblée générale, l’Inde, la France et les Émirats arabes unis (EAU) ont tenu le leur première rencontre ensemble. Ce partenariat trilatéral s’est véritablement développé après la débâcle d’AUKUS, bien que les responsables français rejettent soigneusement toute causalité entre les deux événements et soulignent que le rapprochement entre les trois pays était en cours depuis plusieurs années.

Les Émirats arabes unis accueillent le commandement naval français pour l’océan Indien depuis 2009, ainsi qu’environ 800 soldats français. Par coïncidence, le 15 septembre 2021, jour de l’annonce de l’AUKUS, Macron a accueilli le dirigeant émirati, Mohammed ben Zayed, qui a ses propres griefs avec les États-Unis. Trois mois plus tard, au milieu de la suspension des pourparlers controversés sur le F-35 entre Abu Dhabi et Washington, les Émirats arabes unis ont annoncé leur intention d’acheter quatre-vingts Français Avions de chasse Rafale. Entre-temps, les Émiratis et les Indiens ont également transformé leur relation en un partenariat stratégique cela implique désormais une coopération antiterroriste et d’importants investissements émiratis dans les infrastructures indiennes. D’ici 2021, les marines des trois pays ont tenu exercices communs dans le golfe Persique.

Il est trop tôt pour dire jusqu’où ce naissant Le bloc trilatéral peut disparaître. La France semble désireuse de promouvoir des discussions sur une coopération industrielle de défense commune, d’autant plus que la société Dassault produit des avions de chasse Rafale pour Abu Dhabi et New Delhi. Il y a aussi la possibilité de plus grandes consultations dans le domaine de la sécurité maritime dans l’océan Indien, bien que les capacités navales limitées des EAU puissent limiter de telles ambitions.

La stratégie indo-pacifique de la France a également pris un caractère plus ambitieux au niveau multilatéral. Au cours des deux dernières années, Paris a approfondi son engagement auprès des organisations régionales. En 2020, il est devenu membre officiel de l’Association des riverains de l’océan Indien, faisant valoir que ses territoires dans la région – La Réunion et Mayotte – en ont fait un État souverain de la région à égalité avec le Bangladesh ou le Sri Lanka. En novembre 2022, la France a également obtenu le statut de état d’observateur aux réunions des ministres de la défense de l’ASEAN Plus, la plate-forme de consultations militaires de l’ASEAN avec des partenaires extérieurs tels que l’Australie, l’Inde et les États-Unis.

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De plus, en novembre 2022, Macron a été le premier dirigeant européen à prononcer un discours lors du forum de coopération économique Asie-Pacifique​​​​ sommet à Bangkoklui permettant de mettre en lumière l’approche française de la région, souvent décrite par l’expression «pouvoir d’équilibrage, » ou alors « puissance d’équilibre», un concept aussi flou en anglais qu’en français.

Les responsables français insistent sur le fait que Paris rejette la notion de « confrontation » entre les grandes puissances de la région. L’objectif de la stratégie indo-pacifique de la France n’est pas de contrer la Chine mais de promouvoir des partenariats axés sur des intérêts communs plutôt que sur des menaces communes. Une telle rhétorique française joue comme une critique à peine voilée de la posture américaine, perçue à Paris (ainsi que dans certaines capitales asiatiques) comme trop polarisante.

Des initiatives récentes telles que le rapprochement avec l’Indonésie, le lancement du dialogue EAU-Inde, et la résurrection du dialogue avec l’Inde et l’Australie ont donné un nouvel élan à la stratégie indo-pacifique de la France. Certes, le partenariat avec Abu Dhabi et New Delhi a ses propres limites : il peut renforcer la présence française dans l’ouest de l’océan Indien mais guère au-delà. C’est encore ce qui rend le partenariat de la France avec Canberra si crucial.

En conséquence, la France réfléchit toujours aux moyens d’élargir sa politique de partenariat. Certains observateurs pensent que l’Indonésie pourrait rejoindre le cadre Inde-EAU. Outre son récent rapprochement avec la France, le pays d’Asie du Sud-Est a également cultivé des liens étroits avec l’Inde et les Émirats arabes unis. Singapour est également fréquemment mentionnée, notamment en raison de sa important coopération diplomatique et militaire avec Paris. Comme il maintient une position soigneusement équilibrée entre les États-Unis et la Chine, Singapour pourrait également trouver la rhétorique de la France plus attrayante que la position actuelle à Washington.

Enfin, dans cette recherche de partenariats locaux pour étayer sa stratégie Indo-Pacifique, la France doit faire face à deux questions fondamentales. Le premier concerne sa capacité à façonner l’environnement local. Les milieux politiques asiatiques restent sceptiques quant à la puissance militaire et économique qu’un pays comme la France peut déployer dans l’Indo-Pacifique par rapport à de grandes puissances comme Washington et Pékin. Paris est bien conscient de la nécessité de combler ce manque de crédibilité et a annoncé l’année dernière de nouveaux déploiements navals pour augmenter sa présence dans les eaux asiatiques. Les dépenses militaires françaises devraient également augmenter, mais celles-ci sont moins liées aux défis sécuritaires de l’Asie qu’à ceux de la Russie. invasion de l’ukraine. Personne à Paris ne se fait l’illusion que la France pourrait égaler les capacités américaines et chinoises. Au lieu de cela, l’objectif est de maintenir des ressources suffisantes pour amener les moyennes puissances asiatiques à considérer la proposition française comme une véritable alternative. La définition de ce niveau de suffisance reste cependant floue.

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D’où le deuxième enjeu de Paris, qui tient à la nécessité de clarifier sa posture régionale. Bien que les diplomates français vantent le caractère distinctif de la stratégie indo-pacifique du pays vis-à-vis des États-Unis, des slogans tels que « la troisième voie de Paris », « l’équilibre des pouvoirs » ou la France comme « un force d’initiative« ne sont pas convaincants. Ils peuvent ressembler à des déclarations superficielles cachant une absence d’objectifs concrets ou, pire, pourraient être rejetés comme une rhétorique noble masquant la véritable priorité de Paris, à savoir les ventes d’armes.

La politique indo-pacifique de la France n’est pas aussi différente de celle de l’Amérique que le suggère sa rhétorique. La France reste un allié de Washington dans l’OTAN et a également souligné l’affirmation de la Chine en mer de Chine méridionale et ses investissements prédateurs en Asie et en Afrique. De plus, lorsqu’elle travaille avec un public américain, la France a tendance à adoucir le discours sur sa « troisième voie », à promouvoir sa stratégie indo-pacifique comme complémentaire à celui de Washington. C’est une entreprise difficile pour la France de se positionner comme un acteur de politique étrangère alternatif aux Etats-Unis tout en persuadant Washington que cette approche profite aux deux pays.

En fin de compte, la crédibilité des capacités et des intentions de la France est une question interdépendante, et la clé pour la résoudre peut résider dans sa capacité à sa stratégie indo-pacifique. Dans cette approche, l’UE fournirait des ressources que la France ne peut offrir seule, soutenant éventuellement la capacité de l’Europe à agir comme une véritable alternative à la concurrence américano-chinoise. Pour les diplomates français, cela signifie qu’ils doivent maintenir l’engagement de l’UE en Asie à un moment où elle se concentre sur la guerre en Ukraine. En d’autres termes, l’avenir de la stratégie indo-pacifique de la France peut se jouer aussi bien à Bruxelles que dans les capitales asiatiques.