mai 26, 2022

Le Quotidien des lacs

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Le prochain dirigeant français héritera d’une poudrière

Celui qui est annoncé comme prochain président de la France à huit heures précises ce soir, qu’il s’agisse d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen, ferait mieux de savourer son tour de victoire. Car lundi les attendra un pays plus fortement divisé qu’à n’importe quel moment depuis 1940 – et un gouvernement bénéficiant du véritable soutien d’au mieux un tiers de l’électorat. L’un ou l’autre ferait face à une coalition toxique de citoyens unis plus par leur détestation du vainqueur que par tout sentiment positif. Ce n’est pas un bon endroit pour un pays.

Auparavant, il était relativement facile de choisir son camp lors d’un second tour présidentiel français, car les mots « droite » et « gauche » avaient toujours un sens. Ce n’est plus le cas; et Macron doit porter le blâme. Sa victoire choc en 2017 – celle d’un technocrate inconnu qui ne s’était jamais présenté aux élections (il n’est pas nécessaire d’être député pour être ministre en France) – s’explique par un réflexe politique français plus ancien en temps de crise : Bonapartisme.

Diplômé de l’ENA et ancien ministre des Finances, Macron a coché la case compétence. Il était jeune, avait l’air enthousiaste et intensément ennuyé par les vieux chevaux de bataille politiques de chaque côté de l’allée. Il a miraculeusement semblé offrir une réponse sûre au réflexe « virer les titulaires » qui n’est jamais totalement absent de la politique française. Macron a fait campagne en tant que candidat d’un nouveau monde, au-delà de la vieille politique fatiguée : il a appelé cela « En Même Temps ». Vous pourriez être à la fois de gauche et de droite, choisissez le meilleur des deux côtés ; les politiques, les gens, les blocs de vote. Ce qui comptait, c’était « Notre Projet ! (notre projet ; et par la première personne du pluriel, il voulait dire « le mien »). Ce qu’il a vraiment inventé, c’est le populisme 2.0, et c’est ce que les Français ont eu.

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La France est par nature un pays hiérarchisé du haut vers le bas, il a donc fallu du temps pour se rendre compte que Macron était un animal différent des grosses bêtes comme François Mitterrand, Jacques Chirac, voire Nicolas Sarkozy. Coucou politique, il n’était lié à aucun parti : il pillait à la fois les socialistes et les républicains pour son cabinet, toujours soucieux de choisir des politiciens ternes qui ne lui poseraient aucun problème. Le seul ministre compétent qu’il a conservé du cabinet Hollande, Jean-Yves Le Drian, Macron est rapidement passé de la Défense aux Affaires étrangères, car il craignait la proximité de Le Drian avec les chefs de l’armée, qui approuvaient son expertise.

N’étant redevable à personne, Emmanuel Macron a même dédaigné de faire de son mouvement ad hoc En Marche (les initiales du Leader ne sont pas un hasard) un véritable parti. Sa courte expérience de ministre socialiste lui a inculqué le mépris des désaccords politiques. Le nom devient LREM (La République en Marche) ; de la base, il n’y en avait pas. Cela compte aujourd’hui car pour de nombreux électeurs, Macron, ses ministres clonés et ses jeunes députés dociles restent des étrangers.

Marine Le Pen, leader d’un mouvement populiste adouci mais toujours d’extrême droite, est, comme son père, susceptible de licencier quiconque exprime des idées indépendantes autour d’elle. C’est pour cette raison qu’Eric Zemmour a réussi à recueillir 7% du vote populaire et à créer un vrai parti avec 120 000 membres cotisants en seulement 10 mois.

Si Le Pen était élue, elle trouverait rassemblée contre elle une coalition hostile d’ennemis issus de la gauche et de la droite, et probablement dirigée par la réplique de la France à Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon. Mélenchon, un admirateur de Poutine et de Castro, est passé à moins de 400 000 voix du second tour. À l’étranger, l’UE et les États-Unis la qualifieraient d' »inacceptable », la France remplacerait la Grande-Bretagne comme paria de l’Europe occidentale. Tout cela inspirerait sans doute une nouvelle cohorte d’opposants nationaux menée sans doute par un Emmanuel Macron très, très agacé.

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Indépendamment du résultat de ce soir, nous pouvons nous attendre à ce que les Français suivent une tradition politique encore plus ancienne, descendant dans la rue avec une fureur frustrée.