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RÉACTION AUX PROPOS DE LUC DE LA SABLONNIÈRE PAR ANNIE GRÉGOIRE-GAUTHIER, CANDIDATE DANS LOTBINIÈRE-FRONTENAC POUR OPTION NATIONALE

26 mars 2014 | par Tommy Gauthier
RÉACTION AUX PROPOS DE LUC DE LA SABLONNIÈRE PAR ANNIE GRÉGOIRE-GAUTHIER, CANDIDATE DANS LOTBINIÈRE-FRONTENAC POUR OPTION NATIONALE
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Une domination imaginaire

Le 25 mars dernier, nous apprenions dans les pages du Quotidien des Lacs que le candidat caquiste de Lotbinière-Frontenac, Luc de la Sablonnière, endosse sur sa page Facebook des commentaires qui manquent à la fois de respect et de jugement. Il est difficile de concevoir qu’un candidat aspirant à siéger à l’Assemblée nationale tienne de tels propos. (Pour revoir l’article sur les propos de Luc de la Sablonnière)

Ainsi, selon M. de la Sablonnière, « le féminisme québécois s’exerce envers et contre les hommes. Qui pâtissent lamentablement aujourd’hui ». Il rajoute qu’au Québec, « les rôles sociaux ont été révisés, les repères moraux balayés avec la religion, et le pouvoir -politique, économique, moral- est passé d’une main (poilue) à l’autre (manucurée) ». M. de la Sablonnière affirme finalement que « La discrimination positive pour favoriser les hommes est envisagée dans certaines facultés. Les hommes rejoignent les noirs, les handicapés et les gais au club des minorités visibles. »

Cette position, qui affirme que les hommes vivent une crise de la masculinité principalement à cause des revendications « démesurées » des féministes, est non seulement fausse, mais à mon avis inacceptable de la part d’un candidat politique.

Pourquoi? Étant impliqué depuis plusieurs années au sein du milieu politique québécois, M. de la Sablonnière devrait s’être rendu compte que les femmes sont encore aujourd’hui largement minoritaires dans le paysage politique. Aux élections provinciales de 2012, 41 députées ont été élues à l’Assemblée nationale, établissant un « record » de 32.8% de femmes. On est bien loin de la domination politique des femmes telle qu’annoncée par le candidat caquiste. Ce dernier devrait également savoir que ce pourcentage diminue considérablement lorsqu’on regarde du côté des comités locaux, où les femmes se font bien rares. Et ne parlons même pas du pallier municipal, alors qu’une bien maigre proportion de 16,1% des maires élus en 2009 étaient des femmes.

M. de la Sablonnière affirme également que le pouvoir économique serait désormais entre les mains de la gente féminine. Pourtant, une femme gagne en moyenne aujourd’hui 73,7% du revenu moyen d’un homme. Il est encore rare de voir des femmes occuper des postes de pouvoir au sein des entreprises et elles n’occupent que 15,8% des postes de conseils d’administration des 100 plus grandes sociétés québécoises. Pendant ce temps, 98% des secrétaires au Québec sont des femmes. Sans compter que celles-ci effectuent en moyenne  une heure de plus par semaine de travail domestique au sein des ménages québécois, travail évidemment non rémunéré.  Je m’inquiète pour M. de la Sablonnière qui semble imaginer une domination économique là où il y a surtout une injustice toujours irrésolue.

Il reste à M. de la Sablonnière l’argument d’une domination morale. Voyons voir : 81% des victimes d’infractions dans un contexte conjugal sont des femmes. Sans compter les victimes de viols, d’agressions sexuelles et d’agressions psychologiques. La peur de marcher seule le soir dans la rue. La peur de prendre part aux débats publics, la peur de se faire traiter de « maudite folle » dès qu’on s’affirme en public. La peur de voyager seule. La peur de ne pas être à la hauteur. Les traditions, l’éducation et les représentations sociales conditionnent toujours les femmes à être plus discrètes, moins affirmées. C’est ce que les historiens appellent le « devoir de modestie ».  Désolée M. de la Sablonnière, mais votre domination morale des femmes n’existe pas plus que votre supposée domination économique.

Le comble du mépris des commentaires du candidat de la CAQ est d’associer la situation des hommes québécois à celles des gais, des noirs et des handicapés. Non seulement cette comparaison fait preuve d’une ignorance totale des années de luttes juridiques et sociales de ces communautés, mais également des réalités empiriques de celles-ci et de leurs combats au quotidien. C’est d’affirmer que non seulement les Québécois blancs hétérosexuels sont victimes de stigmatisation et d’exclusion sociale, mais qu’ils font désormais partie d’une minorité visible. Je crois qu’il est temps que vous regardiez un peu autour de vous M. de la Sablonnière.

La réalité parle. Elle nous démontre qu’aujourd’hui, en 2014, la domination est « surmasculinisée ». Armée, police, politique, le pouvoir institutionnel appartient largement aux hommes et je rajouterais aux hommes blancs hétérosexuels. Les modèles masculins sont partout, à la télévision, dans les sports, au cinéma, dans l’actualité médiatique, dans les instances internationales, etc. Dans un film américain, quand deux femmes discutent entre elles à l’écran, c’est dans la très forte majorité des cas pour parler du protagoniste principal. À RDS, quand on regarde le hockey, le football ou le base-ball, c’est pour voir des équipes masculines. Cette « minorité visible » dont vous parlez est partout, et elle domine sous tous les angles.

Les femmes québécoises sont fortes, elles luttent depuis longtemps pour leurs droits. Droit de vote, droit à l’avortement, droit à l’équité salariale, dénonciation des violences faites aux femmes, leurs combats sont multiples. Mais il faut faire attention de ne pas mélanger trait de caractère et réalité empirique. M. de la Sablonnière croit-il réellement être le meilleur candidat aux élections provinciales, alors qu’il méprise ouvertement la moitié de son électorat? Est-ce vraiment le message qu’il souhaite envoyer aux électrices de Lotbinière-Frontenac? Que de revendiquer salaire, respect et sécurité au même titre qu’un homme est irraisonnable et même nocif? C’est l’attitude de M. de la Sablonnière qui est nocive. S’il souhaite voir les femmes de sa circonscription se confiner à la maison pour servir son mari dans le silence et l’obéissance, qu’il le dise clairement!

Rediffusion | Source : Annie Grégoire-Gauthier, candidate dans Lotbinière-Frontenac pour Option nationale

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